Mardi 10 mars 2009
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Publié dans : Interviews
Rockin’ Squat vient de livrer en solo le 1er volume du double album ‘‘Confessions d’un enfant du siècle’’ (reprenant le titre d’un ouvrage d’Alfred de Musset). Impossible de passer à côté d’une
rencontre avec cette figure emblématique du rap français.
Orbeat : Pourquoi avoir mis autant de temps pour signer un album sous le nom de Rockin’ Squat ?
Rockin’ Squat : Depuis Assassin, j’ai fait énormément de chose même en solo. J’ai déjà sorti plusieurs mixtapes et des EP comme ‘‘ Libre vs Démocratie Fasciste ’’ (2004), et ‘‘ Too Hot For TV ’’ en
2007. J’ai fait 1000 featurings. Je me suis aussi attelé à la production d’artistes comme Z’Afrika Brazil, Pyroman ou Profecy sur mon label. On a beaucoup taffé. Mais apparemment, tu n’as pas tout
suivi (rires).
Or : Il faut dire que tu as fait de la non-communication ton principal atout. Pourquoi ce choix ?
R’S : Aujourd’hui plus que jamais, communication égale euro. C’est vrai que j’ai toujours été, et ce depuis mes tout débuts, contre le fait de devoir investir des millions pour faire parler de soi.
Quand on a vu les maisons disques s’empresser de signer des rappeurs pour les transformer en marionnettes, on a tout fait pour aller à contre-courant de cette tendance en créant Assassin Production
(le premier label de rap indépendant en France Ndlr). Je suis un artiste qui continue à être actif sans avoir les grosses maisons de disques derrière moi. Pour pouvoir faire le hip-hop engagé que
je souhaite.
Orbeat : Pour toi, le rap est devenu ‘‘mou du genou’’ ?
R’S : C’est la réalité du Game. C’est au départ un art qui dérange. Tout a été fait pour transformer notre hip-hop en pop. Un hip-hop qui est pop est beaucoup moins dangereux puisqu’il ne donne
plus les clefs pour comprendre la société.
Orbeat : Tu penses détenir certaines clefs ?
R’S : Moi, je développe simplement ma pensée. Ce que je pense être une part de vérité, sans l’imposer à qui que ce soit. C’est à l’auditeur d’écouter, de choisir le chemin qu’il veut prendre par
rapport à ce que je lui dis. Je n’invente rien, c’est dans les livres, tout est vérifié et recoupé avec les informations que j’ai pu glaner tout au long de mon parcours de vie.
Orbeat : Tu as toujours aimé bousculer !
R’S : C’est l’essence même du rap ! Quand les gens dansaient debout, nous on glissait par terre. Quand ils peignaient des toiles, nous on investissait les murs des villes. Ensuite, pourquoi
crois-tu qu’un titre comme “France à fric“ (dans Too Hot For TV Ndlr) ne passe sur aucune chaîne de télé ni à la radio ? Il ne fait que rappeler certains faits et certaines vérités. Et malgré tout,
cela dérange. L’Afrique n’a jamais cessé d’être l’esclave de la France. En 2008 cela continue par le biais des compagnies pétrolières ou des banques mondiales.
J’ai beaucoup voyagé pour enrichir mon rap et pour pouvoir constater de mes propres yeux…
Orbeat : Tu vis d’ailleurs actuellement au Brésil… Que t’apporte le pays ?
R’S : Le Brésil est un pays très musical. Il y a aussi une culture hip-hop énorme. Là-bas, c’est les favelas et le funk carioca. Un son très proche de la Miami base au niveau du rythme.C’est un
pays qui m’aide beaucoup dans ma
manière d’appréhender la musique. Aujourd’hui ce pays fait vraiment partie de moi.
Orbeat : Et cet album, outre un duo avec le légendaire KRS-One, que peut-on en retenir ?
R’S : C’est définitivement hip-hop dans l’approche, mais l’album est très ouvert. Il y a plein d’instruments : de la bossa nova, de la soul ou des sons plus acoustiques. Je me suis éclaté à le
faire et je m’éclaterai à le défendre, sur clip ou sur scène. J’espère que le public l’appréciera aussi, car comme toujours, j’y ai mis mes trippes.
Augustin Legrand
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